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Pourquoi (presque) tout le monde ment sur sa sexualité?

En sexologie, les chercheurs doivent tenir compte d’une réalité incontournable : les gens mentent sur leur sexualité. Pour ne citer qu’elle, une expérience menée par le département de psychologie de l’Université de l’Ohio confirme que les interrogés ne répondent pas sincèrement aux questions concernant leur sexualité, et notamment le nombre de partenaires qu’ils ont connu(e)s ou la fréquence de leur rapports sexuels.

Autant les hommes que les femmes mentent

Pour le tester, les chercheurs ont fait répondre les sujets à une série de questions concernant leurs comportements, sexuels ou non. La moitié était relié à un détecteur de mensonge – qui, en  réalité, ne fonctionnait pas – et l’autre non. Curieusement, les hommes qui pensaient être surveillés par le détecteur ont déclaré avoir connu bien moins de partenaires que les autres… Et les femmes plus. Les hommes exagéreraient donc, et les femmes minimiseraient. Et ce décalage ne se manifestait que pour les questions qui concernaient la sphère sexuelle.

Sur la fréquence aussi

Philippe Brenot, psychiatre, anthropologue et sexologue français, a pu observer la même tendance pour la question de la fréquence des rapports sexuels:

« Les statistiques concernant la fréquence des rapports sexuels constituent selon moi la donnée la plus fausse de toutes les enquêtes en sexologie, conclut-il. D’abord parce que les sondés ont toujours tendance à une survalorisation de cet aspect de leur vie. Ensuite parce que l’on constate que les sondages semblent inciter les Français à s’inclure dans la moyenne nationale – située autour de deux rapports hebdomadaires – même si ce n’est pas leur cas. Leur discours ne coïncide d’ailleurs pas avec ce qu’ils disent en cabinet. » (cité par l’express )

Mais pourquoi? Qu’est-ce qui pousse à travestir la réalité quand on parle de sa sexualité?

Les 3 fausses bonnes raisons qui poussent à mentir

Pour paraître normal

Quand on creuse un petit peu, on constate que la première raison pour laquelle les gens mentent est la peur de ne pas paraître « normal ». Dans cette sphère particulière qu’est la sexualité où les repères sont flous tant le sujet est tabou, parler franchement signifie pour beaucoup prendre le risque de s’éloigner des stéréotypes, et donc paraître différent. Or, s’il y a bien un endroit où nous sommes tous différents, c’est notre sexualité. Rien n’est « normal ». Certains comportement s’observent effectivement plus que d’autres, mais ça ne signifie pas qu’ils sont « mieux », « plus sains » ou « plus normaux » que les autres. Plus encore, les normes véhiculées par les médias sont loin d’être une vérité absolue: penser qu’il faut faire l’amour 2 fois par semaine pour être heureux est une fausse croyance, pour ne citer qu’elle.

Pour ne pas être mal jugé

Ce besoin de conformisme s’explique surtout par la peur du jugement. On observe par exemple que beaucoup d’hommes célibataires ont tendance à s’inventer des relations sexuelles pour éviter de « passer pour des loosers » qui n’ont plus fait l’amour depuis quelques mois. Du côté des femmes, c’est la fréquence des orgasmes qui est parfois exagérées: beaucoup prétendent jouir à chaque fois, alors qu’en réalité, elles n’atteignent pas systématiquement l’orgasme.

Pour ne pas blesser l’autre

Cette tendance à ne pas dire la vérité se remarque aussi en couple, où bien souvent, c’est la peur de faire du mal à l’autre qui pousse à mentir. Par peur de blesser l’autre, on a du mal à lui dire que ses caresses seraient plus agréables autrement, que cette pratique sexuelle n’est pas celle qu’on préfère, ou que non, ce soir, on n’a pas envie d’une fellation. Or, en faussant la communication de cette façon, on entre dans un cercle vicieux où rétablir la vérité devient de plus en plus difficile au fur et à mesure que le temps passe, et où le couple s’éloigne dans son intimité, faute d’oser se dire la vérité.