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Quand la charge mentale s’invite dans notre lit

Dans notre société actuelle, la capacité à gérer plusieurs choses à la fois est même valorisée, voire indispensable. Quelle efficacité de répondre à quelques mails grâce à notre Smartphone alors que nous patientons dans une file ou de planifier notre journée du lendemain en faisant nos courses! Rentabiliser son temps, prévoir, organiser et anticiper, sont des compétences qui nous sont certes profitables, mais qui nous détachent de l’ici et maintenant.

En effet, cette capacité à tout gérer en même temps entraîne une charge mentale qui finit parfois par envahir l’esprit, et prendre tout le focus attentionnel. Du coup, la personne perd le contact avec ses sens et ses sensations.

Les « pensées parasites »

Parfois, même pendant une relation sexuelle, cette charge mentale induite par la vie quotidienne continue à venir à l’avant-plan. Quand cette charge mentale dévie l’attention du moment présent, les sexologues parlent alors de « pensées parasites ». De nombreuses femmes – et hommes – témoignent en effet combien leur attention pendant l’acte sexuel est parasitée par des pensées concernant des considérations qui n’ont rien à faire là.

Le contenu de ces pensées peut être très divers: cela peut aller d’éléments logistiques – « Je dois me lever tôt demain », « J’espère que les enfants ne vont pas nous entendre », « X n’a pas encore répondu à mon mail » – à des idées plus personnelles – « Est-ce qu’il me trouve attirante? », « Je me sens moche aujourd’hui » ou « Zut, je ne suis pas épilée », en passant par des questionnements sur sa performance – « Est-ce que mon érection est assez dure? », « Est-ce que je bouge comme il faut » ou « Est-ce que je vais réussir à me retenir ».

Qui est concerné?

Femme, homme, jeune, vieux, tout le monde peut avoir l’attention brouillée par ces pensées alors qu’il vit un moment intime. Le phénomène est si répandu que les recherches l’étudient de près. Certaines études se sont penchées notamment sur le contenu des pensées parasites selon le genre: apparemment, les femmes seraient plus préoccupées que les hommes par ce que l’autre pense de son apparence physique durant l’acte sexuel. Les pensées intrusives liées à la qualité de l’érection et à la taille du pénis seraient, en parallèle, très fréquentes chez les hommes.

Quoi qu’il en soit, il est intéressant de constater que ce sont deux catégories de pensées parasites largement conditionnées par deux idées reçues: la première, que la femme a besoin d’un pénis ferme et grand pour son plaisir sexuel, et la seconde, que l’homme a besoin d’un corps jeune et beau pour avoir du désir sexuel.

Pendant, mais aussi avant.

Ces pensées parasites peuvent aussi bien survenir pendant qu’avant la relation intime. Elles peuvent alors prendre la forme de questions intrusives comme « Et-ce que je vais avoir envie si mon partenaire me fait des avances ? », « Est-ce qu’il sera fâché si je dis non ? » ou des anticipations négatives du type « Si on le fait, je vais me coucher tard » ou « Il va falloir que je prenne une douche après ». Du coup, avant même que l’envie ne vienne, elle est inhibée par ces considérations pénibles.

Ces intrusions ont comme effet secondaire de couper l’élan désirant, en détournant l’attention des stimuli extérieur, comme par exemple la douceur d’une caresse ou la sensualité d’un baiser. Du coup, le désir sexuel a du mal à s’éveiller, et l’excitation à monter. En fait, notre degré d’attention à captiver les stimuli sexuels est directement lié à l’éveil du désir sexuel. Autrement dit, plus l’individu est distrait par des pensées parasites, moins le désir aura de chance de s’éveiller.

Revenir à ses sens et expérimenter des parenthèses sensorielles peut vraiment à aider à (ré)apprendre à concentrer son attention sur les stimuli extérieurs, et à être plus à même de recevoir les gestes sensuels qui alimentent le désir sexuel.